Kilimandjaro by Nouna Part 3

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Notre guide Obed nous convoque vers 16 heures toujours avec son calme légendaire. Il nous dit immédiatement que le Kilimandjaro est là toute la vie mais qu’il ne faut pas oublier que nous, nous n’avons qu’une vie. Le ton est donné !!

Il nous explique le déroulement de cette ascension finale. Nous allons diner à 17h30 et nous coucher à 19 heures. A 23h30, nos porteurs vont venir nous réveiller, nous prendrons un petit déjeuner rapide et nous partirons à minuit avec nos lampes frontales pour gravir notre montagne.

Pourquoi de nuit lui demandons-nous ? Au début, cette ascension se faisait de jour mais ils se sont vite aperçus que les gens se décourageaient en voyant le sommet … le ton est donné pour la deuxième fois …

Obed nous explique aussi que nous aurons un guide par personne, les porteurs s’étant tous portés volontaires pour nous accompagner.

Après le diner, nous nous couchons déjà habillés pour le lendemain, il fait très froid, nous sommes anxieux et ne savons pas vers quoi nous allons …. juste qu’il va falloir profiter de l’instant présent sans se poser de question et sans penser ne serait-ce qu’à la minute qui suit …

Réveil difficile à 23h30, nous sommes excités et anxieux, nous sommes déjà frigorifiés.

A minuit pile, Obed rappelle tout le monde à l’ordre, nous partons avec nos lampes frontales sur la tête. Nous sommes 8 au total et une procession magique se met en route. Obed en tête, des pas lents, réguliers, le souffle parfait, il nous impose un rythme qui nous met dans un silence religieux et qui nous porte avec une énergie encore indescriptible. Il fait froid mais le temps est magnifique, très clair, nous avons l’impression que nous allons toucher les étoiles tellement nous sommes haut en altitude. Il fait noir mais le stress est parti, le mode Guerrier s’est transformé en mode Zen …. Nous sommes bien, la neige est très fraiche et notre guide fait les traces, il est serein et nous communique sa sérénité. Le moment est magique, la nuit est belle, le Kilimandjaro nous souhaite la bienvenue et les étoiles nous guident vers le sommet …

La montée commence par une falaise escarpée que l'on franchit avant d'atteindre un terrain plus plat. Au bout de quarante-cinq minutes, nous marchons dans la neige et la pente s'accentue. Nous marchons en lacets, et toujours en silence. Chacun puise son énergie où il peut. Les pauses sont rares et brèves à cause du froid. On en profite pour boire beaucoup et se réalimenter pour tenir le coup.

Au bout de trois heures de marche, les premières difficultés se font sentir, les pas se font moins sûrs sur la neige, on dérape, on trébuche, il faut s'accrocher.

Obed nous demande une nouvelle pause et nous dit que nous allons devoir nous séparer car nous n’allons pas au même rythme …

Il est donc temps que je me présente et que je vous présente mes coéquipiers puisque nos routes vont se séparer. Mon surnom est Nanou, j’ai 52 ans et j’adore les voyages. Mes trois coequipiers sont Remi, Armand et Charly, 75 ans à eux trois et 25 ans chacun. Plein de choses s’expliquent, nous n’avons pas le même âge …

Obed reste avec moi et les garçons partent tous les trois chacun avec leur guide et ami maintenant. On se sépare et on se souhaite bonne chance, je leur demande d’être prudents et de ne prendre aucun risque mais je lis la détermination dans leurs yeux et je suis certaine qu’ils iront jusqu’au bout coute que coute.

Une fois les garçons repartis, nous reprenons notre rythme avec Obed, la lenteur est de mise … la pente s’accentue encore. Nous marchons 3 heures encore mais tout devient difficile pour moi qui suis seule à présent. Mes muscles endoloris me portent avec difficulté, ma respiration est très courte, je perds mon souffle, l’ivresse des montagnes pointerait elle son nez ? Je suis à bout de force, nous sommes à environ 5 400 mètres et je sens mon mental me lâcher, c’est une sensation très nette. Vous avez l’impression qu’un petit fil est rentré dans votre mental et les questions arrivent…

Je sais à ce moment-là que l’abandon me guette car je me sens oppressée, c’est bon je me suis laissée dépasser. Je vous promets que c’est en un quart de seconde… mais c’est irrémédiable. Le doute s’installe , je commence à vivre un réel conflit dans ma tête … J’essaye de tenir mais c’est la fin pour moi et je le sais …

Je décide donc d’arrêter et nous retournons au camp avec Obed sous un lever de soleil chaud et plein de couleurs, la crème solaire s’impose vu l’intensité du soleil …

Nous arrivons à 8 heures du matin au camp et il ne me reste plus qu’à attendre mes héros, espérant que tout se passe bien pour eux trois et sachant que les prochaines heures allaient être interminables pour moi.

Ils arrivent à 11 heures du matin, épuisés, victimes du mal des montagnes mais tellement fiers de leur performance. Ils ont atteint le point culminant : le pic Uhuru à 5 895 mètres. C’est un terme Swahili qui veut dire Liberté.

Quelle fierté, ils me racontent qu’ils ont repoussé leur limite à un point qu’ils ne pensaient pas possible. Ils ont eu des hallucinations en montant les derniers mètres entendant des vaches dans un pâturage.

Ils ont marché, marché des heures avec leurs guides respectifs qui étaient devenus leurs anges gardiens du moment, ne pouvant même plus réfléchir et ne pensant qu’à leur arrivée et à la photo avec les différents drapeaux qu’ils voulaient montrer à leur nouvel ami : Le Kilimandjaro …

Ils sont tous trois très affectés par cette ascension, maux de tête, vomissements, tout reprend le dessus et ce relâchement m’inquiète beaucoup … Je vais voir Obed qui me rassure en me disant qu’il faut partir immédiatement pour descendre de 400 mètres et que tout irait mieux ensuite …

Nous partons donc au pas de course en suivant les conseils d’Obed.

La descente fut difficile car elle dura plus de 6 heures dans des conditions plus que compliquées. Nos jambes sont tétanisées mais nous n'avons qu’une seule envie arriver au Camp pour dormir.

Nous dinons rapidement pour aller au plus vite nous coucher et apprécier notre nuit, la dernière (heureusement).

Obed nous explique que nous serons levés à 06 heures pour le petit déjeuner pour ensuite faire la cérémonie des porteurs car nous les quittons ce matin-là.

Lever 6 heures, petit déjeuner et encore un moment où nous avons vécu des émotions intenses. C’était l’heure des adieux avec nos amis qui nous avaient protégés et guidés pendant une semaine.

Nous décidons très vite tous les quatre de leur donner nos affaires, nos gants, nos bonnets, nos pantalons, nos t shirts, nos lunettes (2 guides étaient montés sans lunette pour l’ascension finale et avaient les yeux brulés), nos gourdes, nos oreillers gonflables, nos guêtres, nos médicaments ….


Enfin tout ce qui pouvait le temps d’un instant les soulager;

Tellement heureux de tous ces cadeaux qu’ils se partageaient dans la dignité, ils se mirent à chanter et danser à tue-tête notre chanson fétiche : Song of Kilimandjaro



JAMBO JAMBO BWANA

HABARI GANI NZURI SANA WAGENI

MWAKARIBISHWA

KILIMANDJARO

HAKUNA MATATA



Nous sommes partis vers 8 heures du dernier camp, avec le cœur léger et persuadés que nous leur avions apporté un moment de bonheur.

Je vous passe les détails de la dernière marche de 6 heures pour arriver à la porte Mweka Gate. On s’est tous sauté dans les bras soulagés, fiers de nous et très pressés de prendre une bonne douche bien méritée.



Alors, pour conclure, je voudrais parler à ces trois garçons fabuleux avec qui j’ai partagé cette aventure et qui m’ont portée au-delà de mes limites :

Armand, quand tu me disais : « Nanou, respect pour tout ce que tu fais, tu es impressionnante, je n’en reviens pas …. » , je ne pouvais pas te décevoir en abandonnant

Remi, quand tu me disais : « Allez Nanou, je vais t’aider à passer cette rivière, à monter ce rocher et que je voyais toujours ta main arriver au bon moment pour m’assister » , je ne pouvais pas te décevoir en abandonnant

Charly quand tu me disais : « Allez Maman, on va y arriver, tu es la plus forte, on va y arriver tous ensemble, ne craque pas … » , je ne pouvais pas te décevoir en abandonnant.

Vous avez toujours trouvé les mots pour me réconforter, alors dites vous que cette aventure est l’aventure de votre vie !!

Et n’oubliez jamais que le mode Guerrier, le mode Zen, les belles rencontres, les échanges, les énergies puissantes, l’humilité, la solidarité, la force du mental, la non précipitation, le sourire, l’amour de soi et des autres, la bienveillance, le calme, la patience, le dépassement de soi, la confiance en soi, le réconfort des mots, les regards, le courage, le respect de soi et des autres, la fierté et j’en passe ….. devront toujours vous suivre et ne jamais vous lâcher durant toute votre vie !

Nous avons tous les quatre fait le Kilimandjaro pour des raisons évidentes de dépassement de soi mais aussi et surtout pour des raisons que nous ne connaissons pas encore et que nous allons découvrir tout au long de notre vie, dans des moments que nous ne soupçonnerons pas et où cette aventure refera surface pour nous rappeler ce dont nous avons été capables.


« Avoir la foi, c’est monter la première marche, même quand on ne voit pas tout l’escalier »

Martin Luther King

A nous quatre, unis pour la vie ….