Kilimandjaro by Nouna Part 2

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Nous faisons sécher nos affaires tant bien que mal, nous prenons notre diner et au lit.

Toujours pas de mal des montagnes pour personne mais que nous réserve cette nuit ? Nous nous couchons sereins sans penser au lendemain et fatigués de notre journée.

Vers 3 heures du matin, nous sommes réveillés par un vent d’une violence extrême, la tente des porteurs s’envole et la nôtre n’en est pas loin. Si on s’envole, on se retrouve direct dans les nuages … on stresse mais nos tentes tiennent finalement le coup.

Après une nuit bien agitée, nous nous levons avec toujours ce vent violent… C’est dur mais il faut repartir, nous nous serrons les coudes et aucun de nous ne flanche.

Nous n’imaginons même pas la journée qui nous attend …

Programme : dénivelé de 700 mètres, 10 kms soit 8 heures de marche

Nous partons sous une météo exécrable. Nous avançons à la queue leu leu derrière notre guide Obed sans parler, à petit pas, sachant que chacun envoyait de l’énergie positive à l’autre.


La pluie ne nous quitte pas et la grêle vient quelques fois la remplacer mais on tient le coup et on marche « Polé Polé » avec nos sacs et nos ponchos de pluie, rien ne nous arrêtera même si des porteurs font demi-tour au vu de la météo catastrophique.

Nous sommes portés par quelque chose d’inexplicable qui nous faisait marcher avec un rythme lent, un souffle régulier et en sachant que ces moments seraient gravés dans nos têtes et nos cœurs à vie. Nous nous surpassons, nous le savons et c’est loin d’être fini.

Nous commençons la montée face à la partie Ouest de Kibo puis le contournons pour atteindre son versant Sud.

Nous marchons parmi les innombrables rochers qui jalonnent le chemin, nous décidons pour trois d’entre nous au vu des conditions météo de ne pas aller à Lava Tower.

Nous partons donc directement au camp après avoir culminé à 4 200 mètres pour tester nos aptitudes au mal des montagnes.

Nous rejoignons le camp de Barranco à 3 830 mètres d’altitude qui nous accueille avec un soleil radieux, enfin. Le site est époustouflant !


Ce soir là est un peu spécial puisque c’est l’anniversaire de l’un d’entre nous, 52 ans. Les guides et les porteurs lui ont vite concocté un gâteau et un anniversaire surprise a été organisé, quelle joie !! Un anniversaire inoubliable sur le Kilimandjaro, la classe.


Malgré tout, on s’est couché à 20 heures, fatigués de notre journée mais plus que fier de nous ….

La nuit fut calme et reposante, heureusement vu la journée qui nous attendait …

Chaque jour Obed nous disait que nous avions passé le plus dur, au bout de quelques jours nous n’étions plus dupes. Les jours étaient plus rudes les uns que les autres …

Aprés le petit déjeuner, nous partons la fleur aux dents ne sachant pas que nous allions avoir un début de journée pas comme les autres... En effet, nous commençons par la partie la plus difficile mais aussi la plus extraordinaire de la journée : le mur de Barranco, une paroi quasi verticale de 300 mètres de haut.

Les bâtons de marche sont inutiles ici, nous devons en effet souvent nous aider des mains pour nous hisser. Je ne pensais pas avoir à faire de l’escalade mais pas le choix … notre mode Guerrier se met en branle et la solidarité qui nous unit depuis le début reste de mise, nous nous aidons les uns les autres à escalader, monter ce mur qui restera gravé dans nos mémoires … Dans ces moments-là, il ne faut penser à rien, se concentrer, ne pas se poser de question, vivre l’instant présent et surtout suivre les pieds et les pas du guide.


Les parois sont abruptes, nous prenons vite de la hauteur, le panorama est tout simplement époustouflant. On croit apercevoir le sommet mais en s'approchant on en distingue un autre puis un autre.

Peu importe, la vue est si belle qu'on se sent pousser des ailes et c'est finalement au bout de 2 heures qu'on atteint le sommet d'où l'on peut observer le glacier.

Aprés 2 heures de marche supplémentaires, le guide nous montre notre camp au loin et nous ne cachons pas notre joie … mais le Kilimandjaro nous réserve toujours ses surprises.

Nous marchons et d’un coup apercevons la vallée de Karanga, la descente dans un paysage désertique puis la montée rocailleuse en lacet très pentue pour atteindre le camp. Là c’est dur … je demande au guide si personne n’a jamais pensé à mettre un téléphérique pour éviter ces 2 heures de marche de descente et de montée, ça l’a fait beaucoup rire mais il a fallu le faire quand même….

Nous atteignons le creux de la vallée où coule ce qui sera notre dernière source d'eau avant le sommet du Kilimandjaro.

Après la montée épuisante, nous atteignons le Camp Karanga à 3 960 mètres d’altitude, on est toujours au-dessus des nuages et le coucher de soleil est hors du commun.

Ce soir-là va être magique et surprenant puisque nous sommes invités à manger dans la tente des porteurs …

Nous nous retrouvons à 20 dans leur tente ne dépassant pas 8m2, nous réalisons que cette tente est leur QG pour que notre aventure soit la plus douce possible. Ils font la cuisine, la vaisselle, dorment tous entassés dans cette tente et malgré ça, ils sont joyeux. Des jeunes, des plus âgés , des frères, des cousins … tous nous regardent avec des yeux remplis de gentillesse et des dents blanches et régulières qui feraient rêver les grands acteurs hollywoodiens.

Ils sont heureux que nous soyons avec eux, ça ne leur arrive pas souvent… Une énergie intense indescriptible se dégage, nous mangeons notre repas et eux leur pâte de maïs quotidienne, ils nous chantent une chanson qui deviendra notre hymne pour le reste de notre aventure.

Nous leur chantons Le Lion est mort ce soir et Petite Marie, nous ne formons qu’une grosse boule d’énergie dans cette petite tente. Nous y passons une heure et réalisons la vie de ces hommes, ils gagnent 10$ par jour, le matin dès notre départ ils démontent le campement et partent au pas de courses avec plus de 15kgs sur le dos ou sur la tête avec les tentes, tous nos sacs, la nourriture …. , ils nous doublent avec un amical Jambo et Hakuna Matata (il n’y a pas de problème) pour que quand nous arrivions au prochain camp nous trouvions le campement, du thé chaud et des pops corns … Que dire à tout ça qu’en plus une fois le camp monté, 2 ou 3 d’entre eux rebroussent chemin pour venir nous alléger de nos sacs à dos. Ils arrivent avec un grand sourire et sont fiers de venir nous aider, quelle bienveillance !!

Après le diner, nous nous couchons sous un ciel étoilé avec une vue panoramique sur la ville de Moshi.

Le matin du lendemain est un peu particulier, nous savons que le but ultime n’est plus très loin, l’ascension finale aura lieu le soir même puisque qu’elle se fait de nuit, nous l’appellerons La nuit de tous les dangers …

La journée commence par une montée régulière, assez pentue dans un paysage désertique. Les efforts sont de plus en plus difficiles, nous marchons très lentement en suivant le rythme régulier imposé par notre guide.

Lorsqu'on se retourne, la vue sur les plaines tanzaniennes quelques 3000 mètres plus bas est impressionnante.

Au loin, on aperçoit le mont Meru dont le sommet est au-dessus d'une mince couche de nuages.

Après une heure trente de montée, le terrain s'aplanit et on entame une légère descente dans un environnement encore plus sec et hostile que précédemment. Nous laissons Kibo sur notre gauche avec une belle vue sur le glacier que l'on aperçoit pour la première fois.

Un dernier mur et nous voici arrivés au Camp Barafu à 4 600 mètres d’altitude… En signe de défi, nous levons la tête pour apercevoir le sommet du Kilimandjaro... l'ascension finale est pour cette nuit !

On commence à ressentir l’altitude, tout devient compliqué… Les toilettes sont à 10 mètres de notre tente et l’aller-retour est terrible, pire qu’un semi-marathon, nous en arrivons essoufflés alors imaginez quand il va falloir aller tout en haut …. Ça fait flipper, une ambiance très étrange règne sur ce camp, l’angoisse, l’inconnu est palpable chaque instant mais nous ne disons rien et chacun fait croire à l’autre qu’il est serein.

Il faut dire que quand nous sommes partis le premier jour, nous étions plus de 10 campements à nous suivre et après des abandons pour raison de santé, mal aigu des montagnes, fatigue, stress … nous n’étions plus que 3 campements ; nous, un américain de Las Vegas qui avait décidé de se lancer ce défi seul et 3 jeunes Norvégiennes pleines de courage.